Thursday, November 14, 2019
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Focus sur LA FATIGUE VISUELLE

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Dr Imane TARIB

La fatigue visuelle est un motif de consultation fréquent en ophtalmologie. C’est un terme ambigu qui regroupe un ensemble de symptômes visuels ayant le caractère commun de réversibilité une fois les conditions de repos assurées. La gêne visuelle, la vision trouble ou double, les maux de têtes, le larmoiement, l’irritation oculaire… sont tous des symptômes rapportés par une grande majorité de nos patients, notamment ceux chez qui la vision de près est sollicitée en permanence, et dont la pratique quotidienne requiert des efforts oculaires prolongés, aussi bien dans un contexte professionnel que pour les loisirs, avec l’utilisation prolongée d’écrans d’ordinateurs, de télévisions, de téléphones, de tablettes électroniques ou de consoles de jeux. Elle est généralement bénigne, nécessitant certaines précautions simples dans la pratique quotidienne. Cependant, elle peut parfois révéler des amétropies (troubles de vision de loin ou de près) ou carrément manifester des pathologies oculaires sous-jacentes à degrés de sévérité variables, d’où la nécessité de consulter un ophtalmologiste en cas de persistance ou d’aggravation de la symptomatologie.

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LES SYMPTOMES La fatigue visuelle peut se traduire par une gêne visuelle occasionnelle, notamment en fin de journée ou après un travail acharné de précision, de lecture ou sur un écran. Elle peut également révéler une baisse d’acuité visuelle permanentede près ou de loin. Certains patients se plaignent de sensations de
tension ou de lourdeur des globes oculaires, de larmoiements, de tremblements des paupières, d’éblouissements, de picotements des yeux ou de sécheresse oculaire. Souvent, le maître symptôme est la survenue de céphalées (maux de tête) à localisations variables, pouvant être « en casque » autour des yeux, plus intenses au niveau du front au-dessus de la ligne des sourcils, comme elles peuvent siéger au niveau des tempes (côtés latéraux du crâne au-dessus des oreilles) ou de l’occiput, en regard de la région postérieure du crâne, grossièrement rapportées comme une sensation de nuque douloureuse, pouvant ou non s’accompagner de sensations vertigineuses.

Ces céphalées peuvent se manifester à tout moment de la journée, mais sont plus fréquentes en fin de journée et ont tendance à disparaître les week-ends et en périodes de vacances. Les facteurs responsables de la fatigue visuelle sont parfois d’ordre individuel, allant des troubles de vision préexistants jusqu’ici compensés, mais exacerbés par les durées de concentration prolongées, nécessitant le port de lunettes de correction de la vision de loin,intermédiaire ou de près. Il peut s’agir parfois d’autres pathologies oculaires à degrés de sévérité variables nécessitant une prise en charge spécialisée par un ophtalmologiste, un suivi rigoureux et une prise en charge médicale, voire chirurgicale.
L’ACCOMODATION Les troubles de l’accommodationpeuvent également favoriser la survenue de la fatigue visuelle. L’accommodation est la fonction d’adaptation de l’œil à la profondeur de champ ; elle désigne ainsi la capacité de l’œil humain à voir net à différentes distances.

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Elle s’accomplit chez l’Homme par des modifications de la forme du cristallin, qui est une lentille biconvexe placée en arrière de l’iris (partie colorée de l’œil). Cette lentille a la capacité de changer de rayons de courbure par l’intermédiaire des contractions du muscle ciliaire auquel elle est attachée, réalisant ainsi une mise au point optimale pour permettre à la rétine (partie neurosensorielle de l’œil) de percevoir une image la plus nette possible.
Les voies neurologiques de l’accommodation sont couplées à celles contrôlant les mouvements oculaires et la motilité pupillaire (modification du diamètre de la pupille), c’est ce qu’on appelle la syncinésie accommodative consensuelle. Toute incitation oculomotrice d’adaptation de vision en profondeur, par l’intermédiaire des différentes voies nerveuses, aura pour résultat une modification de la taille de la pupille, de la forme du cristallin et l’angulation des axes visuels grâce à des structures musculaires réparties dans le globe oculaire. Les mouvements oculaires sont contrôlés par un ensemble de muscles appelés muscles oculomoteurs. Au nombre de six, ces muscles s’attachent à proximité de la partie équatoriale du globe oculaire. Ils permettent aux yeux de se diriger dans toutes les directions, de suivre des objets en mouvement et de regarder rapidement d’un point à un autre en parfaite harmonie. Au niveau des voies visuelles centrales, les mouvements oculaires sont contrôlés de telle façon à ce que les deux yeux bougent dans le même sens au même angle de rotation. Un défaut central ou périphérique des voies responsables du fonctionnement des muscles oculomoteurs induit un strabisme et ainsi des troubles de
vision comme la vision double. La dilatation pupillaire quant à elle, se manifeste par l’agrandissement du diamètre de la pupille, petit point noir situé au centre de l’œil, c’est l’orifice par lequel la lumière y pénètre. Deux muscles situés dans l’épaisseur de l’iris contrôlent les mouvements pupillaires : le muscle dilatateur de l’iris, qui comme son nom l’indique, dilate la pupille réalisant une mydriase, et le muscle sphincter de l’iris qui la contracte, réalisant un myosis. Ainsi, dans les conditions physiologiques, quand l’œil accommode dans la vision de près, le cristallin augmente de rayon de courbure, essentiellement antérieure, réalisant un aspect bombé. Il se produit en même temps une convergence des yeux (déplacement des globes vers l’intérieur) et un myosis (contraction pupillaire). Inversement, dans la vision de loin, le muscle ciliaire se relâche, le cristallin regagne sa forme initiale, les yeux tendent à diverger (déplacement des globes vers l’extérieur) et les pupilles se dilatent en mydriase. Parmi les troubles d’accommodation, on peut citer l’insuffisance de convergence, qui se manifeste par la difficulté à la fixation d’objets situés à courte distance de l’axe visuel. La prise en charge de ces troubles serait d’ordre orthoptique (rééducation oculaire), qui s’avère souvent indispensable et très efficace. Elle est souvent seule suffisante à faire disparaître les symptômes de fatigue et à rétablir une meilleure qualité de vision.

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VISION ET CONDITIONS DE TRAVAIL Outre ces causes d’ordre organique, la grande majorité des cas de fatigue visuelle seront directement liés aux conditions de travail,
surtout avec l’utilisation accrue mais indispensable des ordinateurs. Le travail sur écran de visualisation (TEV) est devenu une préoccupation des professionnels de la santé visuelle de nos jours. Cependant, la fatigue visuelle qui en résulte serait facilement évitée par quelques mesures standardisées mises en place par les utilisateurs. Les facteurs incriminés concernent les différentes composantes du plan de travail, telles que l’emplacement du sujet par rapport à l’écran, l’affichage, les reflets, les contrastes, la luminosité, la taille des caractères, les types de différents documents à consulter, l’éclairage de l’espace de travail, ainsi que l’organisation des tâches en terme de répartition dans le temps.

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Afin d’assurer un confort maximal au bureau, il est très important de calculer au mieux la position du sujet par rapport à l’écran afin que l’axe visuel soit situé à un angle de 0 à 20 degrés vers le bas tout en gardant le cou droit et le haut de l’écran situé à hauteur des yeux. L’écran devrait être en face de l’utilisateur et non sur les côtés, et la distance le séparant des yeux devrait correspondre à la distance d’accommodation quiest pratiquement de 50 à 80 cm. Cette distance est facilement obtenue en étirant au maximum les bras, le bout des doigts effleurant l’écran tout en étant légèrement penché en arrière. Idéalement, la distance œil-écran est corrélée à la taille de l’écran utilisé. Elle est optimale lorsqu’elle correspond à deux fois la valeur de la diagonale de l’écran. Il faudra donc régler la hauteur du bureau et des pieds de la chaise afin de trouver l’emplacement répondant au mieux à ces critères. Il faut également choisir un fond d’écran de couleur claire avec des caractères foncés afin d’éviter une luminosité excessive. Les couleurs bleu et rouge sont à éviter car elles sont situées aux extrémités du spectre visible et peuvent engendrer des problèmes de la vision de loin ou de près.
En ce qui concerne l’espace de travail, l’éclairage devrait assurer une perception visuelle optimale afin d’éviter l’éblouissement. L’écran de l’ordinateur devrait être inclinable de préférence, nettoyé régulièrement, muni d’un filtre si la lumière du jour exerce un reflet dessus. Les sources de lumières naturelles comme les vitres et les fenêtres ne devraient pas occuper une surface dépassant le quart de la surface du sol en favorisant les stores à lamelles horizontales.

L’utilisation de caractères de taille moyenne à grande est également recommandée, car les textes en petite police nécessitent un effort majeur d’accommodation et peuvent ainsi engendrer une fatigue visuelle.
Pendant les durées de fixation prolongée, la sécheresse oculaire est principalement due à la raréfaction des clignements palpébrauxnécessaires à la production et la distribution des larmes sur la surface oculaire pour la maintenir hydratée. L’amélioration de l’organisation du travail, parfois difficile à appliquer, contribue aussi au confort visuel. Théoriquement, il faut effectuer des pauses de cinq minutes par heure dans un travail de saisie, et toutes les deux heures pour un travail normal. L’opérateur devrait profiter de cette pause pour reposer ses yeux. Pour ce faire, il est recommandé de fermer les yeux, mettre les paumes des mains dessus jusqu’à ne plus voir de lumière, puis solliciter la vision de loin et donc relâcher l’accommodation.
Pour conclure, gardons à l’esprit la règle des 20-20-20, qui semble plus simple à appliquer et facile à retenir : regardez loin toutes les 20 minutes, à une distance de 20 pieds pendant 20 secondes ! Et rappelons-nous, les yeux sont le miroir de l’âme, alors prenons-en soin.

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