Le développement de la technologie a transformé presque tous les aspects de la vie. Les communications, l’accès au savoir et à l’information, le travail ou les loisirs ne sont que quelques-uns des domaines qui ont été révolutionnés par la technologie. Nous sommes tous concernés par la technologie actuelle qui donne naissance à un nouveau terme: « économie numérique ». Cependant, le secteur de l’optique au Maroc utilise ces nouvelles technologies de manière succincte, l’économie numérique se résume à seulement transformer certains  processus comme l’information, la sensibilisation  en passant vers le numérique, on parle alors de transformation digitale.

L’engouement pour les achats en ligne au Maroc, accéléré par la pandémie du COVID-19, a poussé des entrepreneurs opportunistes (qui ne sont pas opticiens)  à investir massivement le marché via ce canal de distribution.  Ces derniers sont attirés par le gain sans vraiment apporter une valeur ajoutée. Ils tirent profit de l’évolution rapide du marché et d’une législation dépassée qui n’est plus en mesure de suivre. L’absence d’institutions qui veillent au respect des règles accentue la non assimilation de l’administration des enjeux, ce qui pénalisent les opticiens qui ne peuvent que déplorer les dérives constatées. Au final, cette économie numérique qui doit être un atout supplémentaire est ressentie comme très menaçante pour la pérennité des magasins. De nos jours, les entreprises peu scrupuleuses, sont confrontées à  un choix  entre efficacité et éthique, ce choix est encore plus visible dans une économie numérique. Mais quand on ne fait pas partie d’un corps de métier le choix est d’autant plus facile, après tout, les exemples de réussite  ne manquent pas, même si cette réussite est basée sur un manque d’éthique.

Alors que peut-on faire face à ces dérives? Dans les années 90, le secteur de l’optique était prospère, les opticiens avaient beaucoup de travail grâce notamment à l’explosion de la demande en équipements optiques. Seulement voilà, l’abondance des clients, l’insuffisance  des opticiens installés à l’époque par rapport une  population  plus  citadine et plus scolarisée et l’émergence d’une demande de la part d’une classe défavorisée, a fait qu’on s’est moins occupé de cette catégorie, ce qui a donné lieu à la prolifération de magasins,  les«  non diplômés ». Ces derniers  ont su répondre rapidement aux besoins de la population en proposant un  coût abordable pour  de l’équipement, notamment avec l’ouverture du marché marocain aux produits bon marché venus de chine. Aujourd’hui l’histoire se  répète,  le secteur semble  encore une fois être moins réactif aux changements qui secouent notre société.  On a certes plus d’opticiens qui proposent toutes sortes de produits, mais on n’arrive pas à canaliser la demande d’une certaine tranche de la population, qui ne vit que par internet et par les réseaux sociaux et  qui aspire à d’autres habitudes de consommation. Les opticiens déjà en  difficultés économiques à cause de la pandémie, sont otages d’une législation qui ne tronche pas sur tous les aspects du métier ,et de l’absence de mesures punitives envers les fraudeurs . Désabusés ils ne savent pas comment faire pour affronter le phénomène de la vente des dispositifs médicaux via internet, Facebook et Instagram. Après avoir perdu la bataille des bricoleurs, de l‘enseignement privé, et celle de la réfraction, perdre la bataille de la vente sur internet serait trop pour un secteur très vulnérable et très divisé.

Livrés à leur destin, les opticiens ne peuvent compter que sur eux-mêmes, ils doivent faire appel à leur ingéniosité et à leur très grand nombre en investissant massivement de façon permanente  internet  et en s’adaptant aux nouvelles règles de jeux. L’arrivée en force  d’une offre adaptée de la part des opticiens permettrait de diluer la concurrence déloyale et de s’approprier l’espace internet.  Mais cela n’ai pas leur seul atout, en proposant une offre susceptible d’assurer la présence physique du   client au moins une fois dans le magasin, ils peuvent faire étalage de leur savoir-faire pour  renverser la tendance et régner sans partage sur le domaine.

 La plupart des clients ne comprennent pas l’importance de l’écart pupillaire, il faut  prendre le temps d’expliquer la raison de cette opération et de son rôle essentielle pour la garantie d’une vue confortable. Bien qu’il existe sur internet  de nombreuses méthodes pour prendre l’EP, elles sont approximatives, cet écart ( insignifiant aux yeux du client)  peut faire toute la différence entre des lunettes adaptées et d’autres mal adaptées, et le client doit en être informé. D’un autre coté, on trouve sur les sites dédiés à la vente tous les types de verres qui existent sur le marché, cependant  en l’absence de conseillers,  le client choisira  le prix  le plus bas ou peut s’hasarder à choisir un traitement contre-indiqué à son mode de vie et à ses besoins. Généralement le client coche un type de verre sans  trop savoir ce qu’il a mis dans sa monture. En s’approvisionnant sur internet il peut avoir des surprises insoupçonnables qu’il va vite regretter. Parallèlement,   Les miroirs virtuels ou les possibilités d’emprunter quelques  montures pour essai,  ne remplaceront jamais un essai au magasin  en compagnie d’un professionnel. Entre un essai virtuel, un petit lot emprunté, et l’essai physique en magasin il n’y a pas photo et certains consommateurs ont en fait l’expérience à leur dépens.  

Alors prenons le temps d’éduquer nos clients aux bonnes manières de consommer nos produits, en insistant sur la différence  entre le coût  d’un équipement et sa valeur, cette dernière doit être perçue par le client dans les services et la sécurité qu’on lui apporte.